De policière ivre à infirmière voleuse

De policière ivre à infirmière voleuse

Source : LaPresse.ca

(Québec) Une ancienne policière de la Ville de Québec devenue infirmière, Sylvie Trudel, s’est fait prendre à deux reprises au cours des dernières années pour avoir dérobé des narcotiques dans des hôpitaux de Montréal. Alors qu’elle faisait l’objet d’une enquête par son ordre professionnel pour une première affaire de vol de médicaments, l’infirmière a tout de même pu se trouver du travail à l’Hôpital Sainte-Justine, où elle aurait récidivé.

Embauchée au Service de police de la Ville de Québec en 2001, Mme Trudel avait démissionné de son poste à l’été 2008, quand elle a reconnu en cour avoir conduit avec un taux d’alcoolémie de 0,23 et blessé un motocycliste à la suite d’un accident. Les faits se sont déroulés en juin 2006, à Château-Richer.

La femme de 36 ans a ensuite tenté de se lancer dans une nouvelle carrière, mais son aventure comme infirmière s’est transformée en véritable cauchemar.

Aveux

Mme Trudel a avoué devant son conseil de discipline avoir subtilisé des narcotiques, dont de la morphine, du Dilaudid et du Fentanyl, alors qu’elle était employée de l’Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal. Les faits reprochés ont eu lieu entre la fin 2010 et la fin 2011.

Aux prises avec des problèmes d’argent, isolée, épuisée par le travail de nuit et incapable d’avoir un enfant, Sylvie Trudel a commencé à voler des doses restantes sur son lieu de travail, pour se les injecter à son domicile. Dans la décision du conseil de discipline, Mme Trudel a fait aussi référence à son homosexualité comme facteur de stress, alors que ses parents acceptaient «plus ou moins» son orientation sexuelle.

La dépendance physique est devenue de plus en plus forte au fil du temps. Elle s’est fait prendre quand elle a utilisé le code d’accès d’une collègue pour se procurer des narcotiques à l’hôpital. C’est à ce moment-là qu’elle a été suspendue.

«Mon but était de dormir à la maison», a-t-elle affirmé aux membres du conseil de discipline. «Je ne l’ai pas consommé sur place [à l’hôpital], jamais.»

A-t-elle été congédiée quand elle s’est fait prendre la main dans le sac ou a-t-elle démissionné? Est-ce que le personnel de l’hôpital avait vérifié ses antécédents judiciaires avant son embauche? Les autorités de l’Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal se sont réfugiées derrière le principe de la confidentialité pour refuser de répondre aux nombreuses questions du journaliste.

Au printemps 2013, le conseil de discipline a radié l’infirmière pour neuf mois. Elle ne pourra pas manier de médicaments injectables pour une période de six mois suivant son retour en pratique. Elle a récupéré son droit de travailler comme infirmière depuis le 19 avril, mais elle ne figurait toujours pas sur le tableau de l’ordre, lorsque Le Soleil l’a vérifié jeudi. Elle ne devrait donc pas travailler comme infirmière pour le moment.

Alors qu’elle faisait l’objet d’une enquête par le syndic de l’Ordre des infirmières pour cette affaire de vol de narcotiques, Sylvie Trudel a obtenu un boulot à l’Hôpital Sainte-Justine. La directrice des ressources humaines de l’établissement, Denise Bélanger, confirme que la femme a été embauchée en mars 2012, puis congédiée pour vol de médicaments en juin 2013. L’Ordre des infirmières a été informé des motifs qui ont mené au renvoi de l’ex-policière, assure Mme Bélanger.

«C’est après notre enquête interne et après l’avoir congédiée à l’été 2013 que nous avons appris la décision du conseil de discipline, explique Mme Bélanger. Je sais que l’Ordre n’aurait pas pu nous dire qu’elle était sous enquête, car ces renseignements sont confidentiels.»

Le syndic de l’Ordre avait tout de même signifié sa plainte à Trudel en janvier 2013 pour les gestes survenus à l’Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal. Sainte-Justine lui a montré la porte six mois plus tard.

Ratés dans le processus d’embauche

Mme Bélanger reconnaît aussi que le processus d’embauche de l’infirmière a connu des ratés. Lors de la vérification des antécédents judiciaires, une erreur liée à la date de naissance de Sylvie Trudel a fait en sorte que sa frasque de l’été 2006 n’a pas été découverte par l’employé qui effectuait les recherches.

«En raison de cette erreur, nous allons dorénavant mettre en place un double contrôle dans la vérification des antécédents judiciaires. Est-ce qu’on ne l’aurait pas engagée en raison de ses antécédents, ça, je ne le sais pas. Chaque fois qu’un potentiel futur employé a des antécédents, nous évaluons ça au cas par cas. Nous vérifions si son passé criminel pourrait représenter un problème direct dans ses nouvelles fonctions.»

La cadre affirme que l’enquête interne avait permis de déterminer que l’infirmière volait des médicaments à l’hôpital, pour ensuite les consommer à l’extérieur de l’établissement. L’investigation n’a pas révélé qu’elle s’injectait des drogues sur son lieu de travail.